www.anne-sof.com - le site du rire, des cams et de l'oubli

Page de démarrage/Make Startup - Favoris/add favorite - Suggèrez/suggest - Faites un lien/link to me

[ Cam ] <<<
[ Galerie ] <<<
[ ¿ AScams ? ] <<<
[ Archives ] <<<
[ Journal ] <<<
[ Mélanie ] <<<
[ BDs ] <<<
[ Musique ] <<<
[ Textes ] <<<
[ Sof' quizz ] <<<
[ Bétisier ] <<<
[ Miss Hyde ] <<<
[ Forum photos ] <<<
[ Sitasam ] <<<
[ Liens ] <<<
[ Mail ] <<<




Cam de Bretagne




Celtina & Spoon







Beletto
- Sur la terre comme au ciel - # 1
- Sur la terre comme au ciel - # 2
- Sur la terre comme au ciel - # 3
- Sur la terre comme au ciel - # 4

Jean Vautrin
- Beau Fixe
- Pulsar à Vierzon
- Pour solde de tout coeur

- Bloody Mary # 1
- Bloody Mary # 2
- Bloody Mary # 3
- Bloody Mary # 4

Maupassant
- La Folle (Les contes de la Bécasse)
- Le Menuet (Les contes de la Bécasse)
- Le Horla (Le Horla)
- Amour (Le Horla)

- Boule de Suif

Daniel Pennac
- La Fée Carabine # 1
- La Fée Carabine # 2
- M Malaussène au Théatre # 1

- M Malaussène au Théatre #2
- M Malaussène au Théatre # 3

René Beletto...

...écrit des polars.
Rien de vraiment inouïs dans les histoires, qui se laissent néanmoins lire avec plaisir, mais quel style!
Il y a la curieuse forme décalée d'humour de ceux qui sont arrivés au fond du désespoir (c'est clair, ça?)
J'aime bien pour me dérider la caboche, de temps en temps.

Sur la terre comme au Ciel - extrait

Je sortis, pris la Toyota, que je trouvai bien sale, et roulai au hasard. Je n'avais pas faim, mais je sentais que j'aurais faim le soir, et envie de viande fraîche, de préférence à mes éternels conserves et surgelés. Je m'arrêtai devant une grande boucherie à Saint-Priest où j'avais échoué après une heure de route. J'adore la viande, mais je déteste les bouchers. C'est pourquoi je mangeais tant de conserves et de surgelés depuis que je n'étais plus avec Cécile. Les bouchers sont les pires des commerçants. Je les ai en horreur. Ils le sentent et m'en font voir de toutes les couleurs.
Une jeune fille était devant moi. Elle voulait un steak.
« Un steak pour madame! claironna le boucher, un grand poilu entre deux âges. Un bon steak bien tendre, ma petite dame?
- Non, marmonnai-je à l'intention de la petite dame, un bien dégueulasse à couper à la scie circulaire. »
Elle étouffa de la main un bref fou rire puis désigna une pièce de rumsteak:
« Oui, dans ce morceau. »
Pendant que le boucher lui en découpait une tranche, elle se tourna vers moi et se remit à rire.
Elle était jeunette et mignonne.
« Et pour monsieur, ce sera? m'apostropha le voleur avec un sourire d'une sincérité criante.
- Un steak aussi, dans le même morceau. »
Il affecta de n'avoir pas entendu la fin de ma phrase, et, comme ils me font toujours, alla pêcher sous son étal une longue dentelle noirâtre sur laquelle aurait pissé un chien, affamé sans soupçonner que ça se mangeait.
« Un joli steak, comme ça?
- Euh... non, je préférerais dans le même morceau, là... »
Une telle exigence le mit hors de lui. Son sourire éclatait d'une sincérité toujours plus intense.
On s'attendait presque à le voir se fendiller et se répandre sur le sol dans un bruit de verre brisé.
« Mais bien sûr, monsieur, comme vous voulez! »
Il se vengea en me taillant un pavé sur lequel
aurait pu vivre une armée durant une longue saison d'hiver.
« Comme grosseur, ça va? »
Je contre-attaquai sur le mode plaisant: s'il m'en supprimait les neuf dixièmes, lui dis-je, ce serait parfait, j'en aurais jusqu'au mois prochain, à condition certes de tenir table ouverte tous les soirs. Je finis par obtenir satisfaction. La petite cliente, que j'entendais rire, se servait à divers présentoirs en pommes chips, boîtes de haricots, aliments pour chats, et nous payâmes en même
temps. Le hasard voulut que j'eusse alors dans mon portefeuille un billet de cent francs qui n'était pas sans ressembler au premier steak proposé par le boucher, taché, crevé, froissé. Delacroix y était méconnaissable, on aurait dit un portrait de Pifret-Chastagnoul. La dame de la caisse me rendit la monnaie d'un air dégoûté. Quant au boucher, je le voyais dans une glace affûter un long couteau en me fixant d'un sale œil.
Je me retrouvai sur le trottoir avec la jeune fille toujours riante.
« Ils sont terribles, ces bouchers, dis-je. Dès qu'ils voient un homme, il faut qu'ils essaient de le rouler. Vous habitez Saint-Priest? »

...

_________________________

Beletto - extrait de "Sur la terre comme au ciel"

 

Bien d'autres textes et auteurs à venir, dans l'avenir, bientôt, quand j'en aurai envie et le temps...

Comptoir-Breton

11 visiteurs en ligne.