IL était devant un café-crème.
Il était nègre. Nègre seulement, mais c'était
toute la différence.
Il s'appelait Locomotive-Baba N'Doula.
Locomotive pour la force. Baba comme son père. Et N'Doula
comme tous ses oncles, ses cousins, et pas seulement ses cousins
et ses oncles, mais aussi leurs femmes et leurs enfants et également
toutes sortes de vieilles voitures américaines qu'ils
utilisaient pour se rendre à Pointe-Noire, cent quatre-vingts
kilomètres de piste avec des potopotes. Et aussi les
bicyclettes N'Doula et même les puces N'Doula et les maladies,
les fièvres: tout N'Doula.
N'Doula-village était au bord du fleuve Kouilou, une
grande masse d'eau avec des chutes et des rapides qui n'avaient
rien à envier à ceux du fleuve Congo.
Dans les glouglous du percolateur, engourdi par le rêve,
Locomotive-Baba pensait à sa femme qu'il avait laissée
là-bas.
Machine-Love Impala était sûrement la meilleure
affaire-au-lit N'Doula. Oh! oui, elle l'était!
Belle peau, belles dents, oh! oui, Meussieu! La meilleure danseuse-banana
de l'équateur! Les pieds toujours au bal. Chop, chop,
chop, à petits pas glissés. Des heures! Des nuits!
Le rythme! Que ça! Bahihi! Bahaha! La croupe merveille.
Ondule, ondule. Cotonnade-boubou. Toute au bal. Bouge-sueur.
Folie-belle. Sur elle, le moindre bijou, ses
boucles d'oreilles vertes, Impa-Impa-Impala!
Brrrru, Brrrra! Que rien que d'y penser, Locomotive-Baba N'Doula
était capable, malgré la distance, d'avoir «
l'animal-marteau » tout plein de
sang et la déborde au fond du pantalon.
Au lieu de ça, merde, France pays froid, la ceinture.